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Mère Térésa

Il est des événements importants dans la vie de l’Eglise et du monde ; dans la vie de l’Eglise comme lumière pour le monde d’aujourd’hui.
La béatification, tout à fait exceptionnelle par sa rapidité, de mère Theresa est de ces événements qui font signe pour notre monde. Les medias s’en sont fait largement écho. Par delà cette résonance, que pouvons-nous retenir au plan spirituel du message de la bienheureuse ? Quels conseils pour notre route ?

En Mère Theresa, l’Eglise a donné ce qu’elle a de meilleur en ses deux faces : la contemplation et l’action, Marie soutenant Marthe.
Elle nous apprend à contempler le Christ dans le plus pauvre, dans le plus démuni. Et ils sont légion dans les régions de l’Inde qu’elle a sillonnées mais aussi aux portes de nos cités où du reste les Missionnaires de la Charité se sont également installés.
Aux frontons de tous ces mouroirs, Mère Theresa a inscrit le dernier cri du Christ souffrant, agonisant : " J’ai soif ". Car elle a compris l’importance de l’Evangile du jugement dernier : " en vérité, à chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait " (Mt XXV 40).
Et Mère Theresa, commentant ce passage évangélique, ajoutait à la liste des pauvres évoqués par le Christ " les ignorants, les estropiés, les alcooliques, les laissés-pour-compte, les mourants, les mal-aimés, les abandonnés ; ceux qui représentent un poids pour la société, ceux qui ont perdu la foi et toute joie de vivre ; les pécheurs au cœur endurci, ceux qui incitent à mal agir…les lâches, les faibles, les ignorants, ceux que la lumière du Christ n’a pas encore touchés ; ceux qui souffrent pour combattre la faim et favoriser la paix ; les personnes difficiles, revêches, affligées ".

Il n’en sera pas dit que nous n’en connaissions pas de ces pauvres : ce sont eux qu’il faut traiter comme le Christ. " Les pauvres nous font honneur en nous permettant de les servir ", a-t-elle écrit. Ils crient vers nous : " J’ai soif ". Ou encore, ils nous lancent comme dans l’Evangile de ce jour : " aie pitié de moi ". Que faisons-nous pour eux ? Mère Theresa, elle, a prié et agi.

Car, chez elle, tout part de la prière. De la contemplation de Jésus – elle aime bien le qualifier ainsi, sans autre précision théologique, tel un ami familier. Et spécialement de sa contemplation dans l’Eucharistie. Par son enseignement et sa vie, elle a appris à voir le Christ dans l’Eucharistie et à le toucher dans le corps des malades et des pauvres. D’où la double importance du regard et des mains. Sa vie est un va-et-vient permanent de Dieu à l’homme.
D’un côté, elle prend le temps de la prière silencieuse pour regarder Jésus. Mais, dans le même temps de la prière, elle n’hésite pas à s’interrompre – jusqu’à six fois en une heure, a pu constater un témoin – pour vaquer aux charges de la maison. Et ce mouvement incessant permanent de son Dieu à son frère dans le besoin la laisse dans une paix profonde, dans la paix d’une âme profondément arrimée à Dieu et à son humanité. Vous le remarquerez, elle n’est pas d’abord centrée sur les pauvres, comme pourrait l’être une assistante sociale. La Mère est d’abord centrée sur Jésus dont elle a entendu l’appel au plus profond de son âme et qui lui a dit de venir Le servir dans les pauvres. " L’essentiel, dit-elle à propos de ses missionnaires, est d’entraîner les sœurs à un amour profond, personnel de l’Eucharistie ; à bien trouver Jésus dans le Saint Sacrement ; alors, en sortant, elles trouveront Jésus dans le prochain et elles Le serviront dans les pauvres ".

Ainsi sa vie a parlé Jésus-Christ. Et elle nous montre un chemin que nous pouvons suivre là où nous sommes, en faveur de tous ces pauvres qui nous environnent. Elle écrit : " vous avez reçu l’amour ; vous avez donc la plus grande richesse qui puisse exister. Ne craignez pas de le partager. Pensez à tous ceux qui en sont affamés. Donnez-leur la joie d’aimer et d’être aimés. La plus grande maladie de notre temps, c’est de n’être aimé ni désiré par personne ; c’est d’être rejeté, mal aimé, exclu ". Et elle précise comme à notre intention : " ce n’est pas ce que vous faites qui compte, mais l’amour que vous mettez dans ce que vous faites ".

A ce stade, le message est universel. Et notre monde ne se trompe pas, qui l’a déjà canonisée avant qu’elle ne soit portée sur les autels. Les hindous l’ont intégrée dans leur panthéon : " regarde, disait l’un d’eux, en montrant son image à côté d’autres divinités : c’est la Mère des pauvres ; elle est comme la Mère de Jésus ". Tandis qu’un musulman confessait : " c’est la Sainte ; elle nous aime tous, nous les pauvres ; maintenant elle est au paradis d’Allah ". Son visage de compassion a touché tous les cœurs. Insigne témoin de l’Eglise du XXème siècle, déjà elle ne nous appartient plus. Car elle est fille de l’Humanité.

Père Achille Mestre
Moine bénédictin

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