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THOMAS MORE AUX RESPONSABLES POLITIQUES: "CONSCIENCE OBLIGE" Un héros de la conscience et un martyr de la foi pour Anglicans et Catholiques |
CITÉ DU VATICAN, Jeudi 26 oct.(ZENIT.org) -
"A l'approche du Jubilé
de ceux qui ont une responsabilité politique, c'est un
grand don que Jean-Paul II leur offre, en leur assignant comme
patron céleste saint Thomas More: un patron de si haute
volée, à la mesure de tous ceux qui doivent gérer
la 'chose publique".
Ce geste spirituel a
été suggéré au pape par des hommes
et des femmes de tous horizons politiques des différents
continents. Parmi les motifs qui l'ont fait adhérer à
leurs requêtes, Jean-Paul II explique que c'est 'dans la
défense des droits de la conscience que l'exemple de Thomas
More a brillé d'une lumière intense'. Et il ajoute
que son initiative est 'en pleine harmonie avec l'esprit du Grand
Jubilé, qui nous introduit dans le troisième millénaire
chrétien'".
C'est en ces termes que
le cardinal Roger Etchegaray, président du Comité
pour le Grand Jubilé a présenté ce matin
au Vatican la prochaine proclamation de S. Thomas More comme patron
des responsables politiques, par un Motu proprio de Jean-Paul
II, le 31 octobre. Une intervention que le cardinal a intitulée:
"Saint Thomas More ou l'éloge de la conscience".
Car "conscience oblige". Le geste même de cette
proclamation est en quelque sorte un éloge en acte de la
conscience.
Le président du comité central pour le grand Jubilé de l'An 2000 était entouré pour l'occasion du sénateur italien, Francesco Cossiga, de Sir David Alton, de la Chambre des Lords, et de la sénatrice italienne Ombretta Fumagalli Carulli, Présidente de l'Intergroupe parlementaire pour le Jubilé.
Les Anglicans également
Saint Thomas More a été
canonisé en 1935 et depuis 1980 son nom a été
inclus dans le calendrier anglican des saints: une décision
qui s'explique par la façon dont Thomas More a voulu défendre
la liberté de l'Eglise par rapport au pouvoir temporel
d'Henri VIII, en se déclarant chef de l'Eglise d'Angleterre,
précisément! Le geste anglican réaffirme
ainsi les "droits" de la conscience.
A toute heure
"Lorsque le pape Pie XI a canonisé Thomas More en
1935 (deux ans avant les encycliques contre le national-socialisme
et le communisme), explique le cardinal Etchegaray - qui semble
faire la synthèse du Motu Proprio -, il a prononcé
ces simples paroles: "Quel homme complet!", reprenant
d'ailleurs la définition qu'Erasme donnait de son ami:
omnium horarum hominem", "un homme pour toutes les heures"."
(Même l'Utopie de More était rédigée
en latin, avant d'être traduite en anglais, rappelle le
cardinal).
Le premier laïc
Thomas More a été un "brillant avocat de la
City", puis, à 27 ans, membre du parlement, dont il
devint le "speaker", enfin il fut choisi comme Lord
Chancelier du Royaume et était le premier laïc à
se voir attribuer cette charge. "Thomas More, continue le
cardinal, a fasciné ses contemporains dans toute l'Europe.
Charles Quint disait qu'il aurait préféré
perdre les meilleures villes de son empire que d'être privé
d'un seul de ses conseils. Figure centrale de l'humanisme, il
reçoit dans sa célèbre maison de Chelsea
les grands noms de la Renaissance, d'Erasme à Hans Holbein
le jeune qui a fait son portrait".
C'est ce portrait qui a été choisi pour le "poster" du Jubilé des responsables politiques: il sera placé dans les paroisses romaines pour sensibiliser les fidèles à l'événement et à ses enjeux sociaux, éthiques et politiques, précisera ensuite Mme Fumagalli.
Marthe et Marie
"Auteur de l'extraordinaire 'utopie', il cultive les arts,
continue le cardinal Etchegaray, mais il porte un cilice. Homme
plongé dans les affaires publiques, mais père tendre
pour ses quatre enfants et paroissien assidu à la messe
quotidienne. Il vit en plénitude le programme évangélique:
être dans le monde sans être du monde. Il assume le
double rôle de Marthe et de Marie", - "qui ne
sont pas seulement féminins" -, ajoute le cardinal.
Ne pas fermer les yeux sur
des injustices flagrantes
Mais les événements se précipitent. Le cardinal
raconte: "A 55 ans, au sommet du pouvoir, il donne sa démission.
Pour motifs de conscience, pour ne pas fermer les yeux sur des
injustices flagrantes. Trois ans plus tard, il est en prison pour
15 mois, au cours desquels il écrit son dernier livre sur
la Passion du Christ, puis la décapitation, pour avoir
refusé, avec courtoisie - il était toujours courtois
- mais avec fermeté de céder, à l'arbitraire
de son Roi qui cherchait à asservir l'Eglise à l'Etat.
C'était le 6 juillet 1585. La veille, dans
sa dernière lettre (écrite au charbon de bois) à
sa fille Margaret, il explique pourquoi il est heureux de donner
sa vie en ce 6 juillet: c'est l'octave de la fête de saint
Pierre, 'le roc' de l'unité romaine que Henri VIII avait
osé attaquer, et puis à la veille de la fête
de saint Thomas Becket, l'archevêque de Cantorbéry
martyrisé dans sa propre cathédrale au XIIe siècle
pour la défense de la liberté religieuse".
Un héros de la conscience
et un martyr de la foi
Ses derniers instants: "Il gravit les marches du gibet appuyé
au bras du lieutenant de la Tour et lui dit: 'aidez-moi, je vous
prie, à monter; pour descendre, je me débrouillerai
tout seul!'. Quinze jours avant la décapitation de l'homme
d'Etat, un homme d'Eglise avait subi le même sort, John
Fisher, évêque de Rochester: aujourd'hui ils sont
honorés ensemble au calendrier des saints" - "des
Anglicans aussi", précise le cardinal qui continue:
"Tous, les Anglicans comme les catholiques, ont vu d'abord
en lui non seulement un saint mais un héros de la conscience
et un martyr de la foi. Et les hommes politiques, quelle que fût
leur croyance ou leur incroyance, l'ont considéré
comme l'un des plus grands représentants des traditions
juridiques dont l'Angleterre est, à bon droit, très
fière".
Sans fanatisme, la priorité
absolue de Dieu
Le cardinal Etchegaray explique les raisons de Jean-Paul II. "En
proclamant maintenant Thomas More comme patron des gouvernants
et des hommes politiques, dit-il, Jean-Paul II veut leur rappeler
la priorité absolue de Dieu jusqu'au sein des affaires
publiques. En un temps d'éclipse de la conscience, le pape
nous montre à tous un homme qui a préféré
la mort à la vie par fidélité à sa
conscience, à une conscience qu'il n'a cessé d'éclairer
à la lumière de Dieu et des conseils des sages,
loin de tout fanatisme ou subjectivisme. Il n'est pas facile de
faire l'éloge de la conscience et de témoigner de
sa valeur suprême; parce qu'elle exige des soins constants
de formation, de maturation afin que l'homme y découvre
'la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donnée
lui-même et à laquelle il est tenu d'obéir'".
Le cardinal cite le document conciliaire sur l'Eglise dans lme
monde de ce temps, Gaudium et Spes ( n. 16).
Plus homme, plus libre, plus
joyeux
Et de conclure: "En lisant les lettres émouvantes
écrites en prison par Thomas More, nous comprenons mieux
à quel point l'obligation de la conscience, qu'il avait
opposée à toutes les autorités préétablies,
émerge de sa sainteté. En le découvrant,
en l'imitant, chacun de nous se sentira davantage homme parce
que plus appelé à la sainteté, plus libre
parce que plus détaché de tout, plus joyeux, parce
que plus amoureux de tous".
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LE PAPE EXPLIQUE POURQUOI IL PROCLAME THOMAS MORE
PATRON DES HOMMES POLITIQUES
Le monde politique et administratif a besoin de "modèles
crédibles"
CITÉ DU VATICAN, mardi
31 oct. (ZENIT.org)
Les responsables de gouvernements
et les hommes politiques ont désormais un patron : il s'agit
de saint Thomas More, le chancelier de l'Angleterre qui fut assassiné
par Henri VIII pour avoir refusé de prêter serment
de fidélité au roi qui venait de s'auto-proclamer
chef de l'Église d'Angleterre.
Jean-Paul II a rendu officielle cette annonce, à quelques jours du Jubilé des parlementaires et des responsables de gouvernement (il aura lieu le 5 novembre), en signant et publiant aujourd'hui une lettre apostolique dans laquelle il explique entre autres les raisons qui l'ont poussé à prendre cette décision, à un moment où le monde est en quête de références politiques, notamment à cause de la chute du Mur de Berlin.
"Certains Chefs d'État et de gouvernement, de nombreux responsables politiques, quelques Conférences épiscopales et des évêques individuellement m'ont récemment adressé des pétitions en faveur de la proclamation de saint Thomas More comme Patron des Responsables de gouvernement et des hommes politiques", a d'abord expliqué le Saint Père.
"Parmi les signataires de la demande, explique-t-il, on trouve des personnalités de diverses provenances politiques, culturelles et religieuses, ce qui témoigne d'un intérêt à la fois vif et très répandu pour la pensée et le comportement de cet insigne homme de gouvernement."
Un modèle crédible
de vérité
"Le besoin ressenti par le monde politique et administratif
d'avoir des modèles crédibles qui indiquent le chemin
de la vérité en une période historique où
se multiplient de lourds défis et de graves responsabilités",
est l'une des raisons qui ont motivé le choix de Jean-Paul
II.
"Aujourd'hui, en effet, lit-on dans le message, des phénomènes économiques fortement innovateurs sont en train de modifier les structures sociales; d'autre part, les conquêtes scientifiques dans le secteur des biotechnologies renforcent la nécessité de défendre la vie humaine sous toutes ses formes, tandis que les promesses d'une société nouvelle, proposées avec succès à une opinion publique déconcertée, requièrent d'urgence des choix politiques clairs en faveur de la famille, des jeunes, des personnes âgées et des marginaux.
Dans ce contexte, "il est bon de revenir à l'exemple de saint Thomas More, qui se distingua par sa constante fidélité à l'autorité et aux institutions légitimes, précisément parce qu'il entendait servir en elles non le pouvoir mais l'idéal suprême de la justice", explique Jean-Paul II.
Le gouvernement au service
des faibles
La grande leçon du chancelier anglais était la suivante.
"Sa vie nous enseigne que le gouvernement est avant tout
un exercice de vertus. Fort de cette rigoureuse assise morale,
cet homme d'État anglais mit son activité publique
au service de la personne, surtout quand elle est faible ou pauvre;
il géra les controverses sociales avec un grand sens de
l'équité; il protégea la famille et la défendit
avec une détermination inlassable; il promut l'éducation
intégrale de la jeunesse".
Dans sa lettre Jean-Paul II reprend les moments les plus importants de l'impressionnante carrière politique de Thomas More ainsi que les événements dramatiques à la fin de sa vie.
"Je suis certain que l'élévation de l'éminente figure de saint Thomas More au rang de Patron des Responsables de gouvernement et des hommes politiques pourvoira au bien de la société. C'est là d'ailleurs une initiative qui est en pleine syntonie avec l'esprit du grand Jubilé, qui conduit au troisième millénaire chrétien", a déclaré Jean-Paul II.
Proclamation solennelle
"En conséquence, après mûre considération,
accueillant volontiers les demandes qui m'ont été
adressées, j'établis et je déclare Patron
céleste des Responsables de gouvernement et des hommes
politiques saint Thomas More, et je décide que doivent
lui être attribués tous les honneurs et les privilèges
liturgiques qui reviennent, selon le droit, aux Patrons de
catégories de personnes".
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