Retour à la documentation
Serviam remercie vivement le Diocèse du Puy pour son aimable accord de reproduction de cette homélie prononcée par Mgr Brincard en sa cathédrale le 1er novembre 2001 :
Toussaint est la fête de tous les saints
Frères et surs en Jésus, Le premier et le deux novembre ont lieu des célébrations importantes. On les confond au point que la Toussaint évoque pour beaucoup de nos contemporains la commémoration des fidèles défunts, marquée le plus souvent par une visite à la tombe des siens. Une telle confusion fait oublier que la Toussaint est la fête de tous les saints qui sont maintenant dans la joie du ciel. C'est pourquoi, cette fête, pleine de paix et de lumière, avive notre espérance en nous invitant à désirer plus ardemment le bonheur indicible que procure la vision de Dieu. Les saints sont, en effet, ceux qui sont parvenus à la paix du ciel, à la paix de la " Jérusalem d'en haut " à laquelle l'Evangile nous invite à aspirer dès cette terre.
Les saints vivent à jamais auprès de Dieu. Ils forment une foule innombrable qu'a vue saint Jean dans l'Apocalypse: " J'ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main
L'un des anciens prit alors la parole et me dit : " Tous ces gens vêtu, de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ? Je lui répondis. " C'est toi qui le sais, mon Seigneur. ". Il reprit - " Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau ". (Ap 7,3
14 )
Demain, 2 novembre, nous célébrerons la commémoration des fidèles défunts ; nous prierons alors pour eux qui sont plongés dans une douloureuse attente, -celle du Purgatoire.
La prière pour les morts appartient à la plus ancienne tradition chrétienne, ainsi que l'offrande du sacrifice eucharistique. L'une et l'autre, sont présentées à la miséricorde infinie du Seigneur, afin que "brille aux yeux des défunts la lumière sans déclin" .....
A l'occasion de cette commémoration, nombreux sont ceux qui se rendent dans les cimetières afin de se souvenir de leurs morts et de prier plus spécialement pour eux. Par ce gestes ils affirment leur foi en la résurrection des corps. Le mot " cimetière est un mot d'origine latine. Inventé par les chrétiens, il signifie " dortoir", rappelant ainsi que les corps ensevelis dans la terre attendent la résurrection promise par le Christ, cette résurrection à laquelle nous croyons fermement Demain, nous nous efforcerons donc de participer à la messe afin d'offrir pour les défunts le sacrifice du Christ. Rappelons aussi que le deux novembre, chaque prêtre est exceptionnellement autorisé à célébrer trois messes.
L'Eglise manifeste de la sorte son immense sollicitude maternelle pour tant de défunts dont on ne garde plus le souvenir - on est si vite oublié -, pour tant de défunts aussi, trop vite mis au ciel par leur entourage. Ah ! oui, n'ayons pas l'audace de canoniser à partir d'impressions superficielles les personnes que nous avons connues ici bas Dieu seul sonde les reins et les curs ! Une des trois messes doit être obligatoirement célébrée pour tous les fidèles défunts, surtout pour ceux qui en ont le plus besoin. Soyons plein de gratitude pour cette sollicitude de l'Église notre mère.
Les deux célébrations, - celle d'aujourd'hui et celle de demain - ont ceci de commun: elles nous rappellent que nous sommes des pèlerins sur la terre. Nous ne faisons que passer ici bas. Notre demeure est ans les cieux, là où Jésus est assis à la droite du Père, là où il est allé nous préparer une place, comme il nous le dit lui-même dans l'Evangile. Bien évidemment, " les cieux " dont il est question, ne sont pas ceux au-dessus de notre tête. Dans l'Ecriture, " cieux " désigne de manière symbolique, cet océan de lumière et d'amour qu'est la vie de Dieu.
Jésus Christ est mort et ressuscité "pour que nous ayons la vie et la vie en abondance. Le Père veut demeurer en nous par son Fils, dans l'Esprit Saint. Il nous invite aussi à demeurer auprès de Lui, afin que nous ayons la joie de le contempler avec le regard de son Fils, de l'aimer avec le cur de son Fils. Tel est le ciel.
Chers frères, vous le savez, le ciel commence dans notre cur avec le baptême. Par le baptême, en effet, nous sommes plongés dans la vie de la Trinité divine. Une anecdote l'illustrera: Origène, un Père de l'Eglise qui a vécu au III° siècle et qui nous a laissé de nombreux écrits, aimait embrasser la poitrine de son enfant en disant: " j'embrasse la Trinité ". Beau geste, plein de foi! L'immersion, dont je viens de parler, peut être évoquée, selon une image classique, par le petit poisson attiré dans les profondeurs de l'océan: le petit poisson, c'est notre âme ; l'océan, c'est la vie de Dieu. Dieu nous attire toujours plus loin dans les profondeurs de son amour, par sa Parole, par les sacrements et par d'autres chemins encore. Au cours de notre existence sur cette terre, la vie trinitaire veut nous submerger, comme l'océan recouvre tout de ses flots.
Mais si notre vie terrestre est une immersion progressive dans la vie de la très sainte Trinité, elle est aussi une marche. Dire que la vie chrétienne est une marche, C'est préciser que, sur cette terre, il nous faut suivre pas à pas le Christ, afin que nous puissions, au terme de notre pérégrination, demeurer par Lui auprès du Père. Notre marche terrestre est un pèlerinage. En ce sanctuaire marial, le terme de " pèlerinage " trouve un écho profond dans nos curs. Chaque jour, dc Pâques à l'automne, des pèlerins partent d'ici pour un voyage à pied de 1600 kilomètres avant de parvenir au but de leur pérégrination, le tombeau de " Monseigneur Saint Jacques ".
Mais de quoi a besoin le pèlerin qui chemine?
- d'une boussole qui lui indique la direction ;
- d'une route pour progresser sûrement;
- d'un bâton sur lequel s'appuyer et grâce auquel il écarte obstacles et menaces ;
- d'une force intérieure donnant courage et persévérance
- de nourriture pour se revigorer;
- Le pèlerin a également besoin d'alléger son sac, chargé au départ de tant d'objets inutiles!
- Le long de la route, il connaît aussi la joie de porter le sac des autres, et le grand réconfort de laisser les autres porter le sien !
Frères et surs, cette comparaison nous parle éloquemment de notre marche vers la Jérusalem d'en haut.
- Notre boussole et notre bâton ? La foi. Elle nous indique la direction à suivre; elle est également un appui qui nous aide à avancer.
- La route ? les Béatitudes qu'il nous faut pratiquer si nous voulons parvenir au ciel!
- La force qui nous fait marcher sur le chemin de la vie éternelle ? L'espérance qui inspire le désir d'atteindre la patrie de toujours, qui suscite aussi la persévérance dans l'effort, persévérance fondée sur la certitude de connaître le bonheur promis si, par la foi, nous nous appuyons fermement sur Jésus Christ " le témoin fidèle, le Premier né d'entre les morts, le des rois de la terre ".
- La nourriture qui refait nos forces ? L'eucharistie, appelée " viatique " car elle est une nourriture marche sur le chemin de la vie éternelle.
- L'allègement de notre sac s'opère par le sacrement de la réconciliation. Frères et surs, ne négligeons pas la confession personnelle, moyen sûr d'alléger, grâce au pardon du Christ, le sac parfois très lourd de nos fautes et de marcher ainsi d'un pas plus alerte!
- Porter le sac d'autrui et laisser nos frères porter le nôtre ? Tel est le mystère de la charité fraternelle, un amour divin qui nous unit les uns aux autres sur la route de ce monde. Plus il y aura de charité dans notre cur, plus nous serons en Dieu est Amour !
Ici-bas, nous pèlerinons à tâtons, au milieu des difficultés, réconfortés toutefois par les certitudes de la foi, par la force de l'espérance, par le feu de l'amour divin. Ce feu en embrasant progressivement nos curs, annonce, telle l'aurore, le jour qui vient, la pleine lumière des "noces éternelles ".
Dès cette terre, la charité nous fait faire l'expérience du ciel, car le l'Amour de Dieu, répandu progressivement en nos curs par l'Esprit Saint. En aimant de plus en plus, nous comprenons de mieux en mieux la beauté du ciel. Un jour, on demandait à un enfant " qu'est-ce que le Ciel ? " Il a répondu simplement: " Plus tu aimes, plus tu comprends. " C'est une parole que je médite depuis qu'elle m'a été rapportée.
Notre marche s'achèvera lorsque, en Jésus et avec Marie, nous passerons de ce monde au Père. L'heure de la mort, pour un chrétien, est une pâque un " passage". Pourquoi une telle perspective nous angoisserait-elle ? Quelques heures avant sa mort, Sainte Thérèse de L'Enfant Jésus, ne disait-elle pas à une sur qui lui demandait si elle éprouvait quelque crainte à la pensée de quitter bientôt ce monde: " Mais non, ma sur, je n'ai pas peur. Quand je verrai arriver Jésus, je ne crierai pas : "au voleur, au voleur !" mais : " par ici, par ici! " Peut-être passerons-nous de ce monde au Père à l'occasion du retour du Christ dans la gloire. Nul ne' sait l'heure de ce retour mais chaque génération chrétienne a souhaité ce retour.
C'est pourquoi, aujourd'hui comme hier, avec toute l'Église, nous disons : "Maranatha ! Viens, Seigneur Jésus"
Il est temps de conclure. Je le ferai en rappelant que personne n'a fait l'expérience de la mort et n'est revenu pour nous en parler, sauf Jésus Christ. Ne nous laissons pas berner par de pseudos expériences qui égarent tant de personnes. Mettons nous plutôt à l'écoute du " Témoin fidèle ", du "Premier né d'entre les morts". Voici ce qu'il nous dit : "Au dernier jour, tu seras jugé sur l'amour ". En clair, à l'heure de la mort, nous contemplerons le mystère du Cur glorieux de Jésus, de ce Cur qui " a tant aimé les hommes ". Nous entendrons alors cette parole : " Voilà ce que j'ai fait pour toi. Qu'as-tu fait de moi ? " Dans la lumière de la béatitude des curs purs, nous nous jugerons nous- mêmes. A l'heure suprême, si nous sommes élan vers " Celui qui nous aime et nous lavés de son Sang ", nous entrerons dans la plénitude du Royaume : nous serons avec tous les saints du ciel auprès du Père avec le Fils dans l'Esprit.
Mais si dans la lumière de l'amour du Christ pour nous, nous voyons des tâches sur notre robe baptismale, si nous constatons que nous souffrons d'un " strabisme divergent ", un il sur Dieu, un il rivé sur les biens de ce monde à cause d'attachements excessifs, le feu d'un violent désir enflammera notre âme . celui de nous purifier. Le Père nous offrira alors le Purgatoire comme don de sa miséricorde infinie.
Au sujet du Purgatoire, retenons ce que la foi de l'Église affirme clairement :
- Le Purgatoire existe Il consiste en une purification très douloureuse.
- Cette purification ne fait pas croître la charité mais elle débarrasse l'âme du défunt d'une "rouille", c'est-à-dire de ce qui fait obstacle à l'éclatement en gloire du degré de charité atteint au terme du pèlerinage terrestre.
En quoi consiste la souffrance des âmes du Purgatoire ? Cette question est importante. Bien y répondre, nous fera mieux saisir l'importance d'aider les âmes du purgatoire, en concourant par nos suffrages a les faire entrer: dans la plénitude de la "Vraie vie " Rappelons brièvement ceci :
La souffrance au Purgatoire dépasse les plus grandes souffrances de la terre tout simplement parce que cette souffrance naît d'un désir dévorant de contempler l'Amour infini. Tout s'est évanoui pour laisser la place à ce désir qu'exprime si bien un psaume: " Mon âme a soif du Dieu vivant, quand le verrai-je face-à-face ? " Du fait que l'heure de la rencontre a sonné et que cette rencontre est empêchée par un obstacle dans âme, une intense souffrance surgit aussitôt, Une telle souffrance est le signe, à la fois terrible et apaisant, de l'amour qui veut l'union parfaite et définitive.
Au Purgatoire, la souffrance est vécue dans la paix et dans l'espérance. L'âme, en effet, a la certitude de voir Dieu. Elle sait aussi que les voies de Dieu sont amour et vérité. C'est pourquoi, elle les suit allégrement. Les baptisés, cheminant encore sur cette terre, peuvent aider leurs frères et surs séjournant dans le Purgatoire de " l'ardent désir de Dieu". Cette aide s'appelle un " suffrage ". Il y a diverses formes de suffrage. Le suffrage le plus précieux consiste à offrir le sacrifice de la messe pour les " saintes âmes du Purgatoire ". On leur applique ainsi, selon une mesure que Dieu seul connaît, l'offrande de l'Agneau sans tâche, l'offrande qui enlève le péché du monde. D'une manière plus générale, toute prière, si humble soit- elle, pour les âmes du purgatoire, les achemine vers la pleine lumière en vertu de ce qu'on appelle " la communion des saints". Accomplir enfin les uvres de la miséricorde est d'un grand secours pour soulager les âmes du purgatoire.
Ces suffrages et d'autres encore pour nos " bonnes amies souffrantes " constituent un véritable acte de charité. En les leur procurant, nous ressemblons au bon samaritain qui, selon la parabole évangélique, conduit à l'hôtellerie, sur sa propre monture, le blessé gisant au bord du chemin par où il est passé.
Ceux qui ont eu le souci d'aider les âmes du Purgatoire, s'entendront dire au dernier jour par Jésus lui-même . " J'étais en prison, et vous m'avez visité ! "
Frères et surs, que toutes ces grandes vérités de foi remplissent nos âmes de consolations ! Qu'elles nous aident aussi à être plus fervents ! Ne gaspillons pas le temps qui nous est laissé ici bas pour faire croître en nous la charité. Si un mort pouvait parler à ceux qui vivent encore en ce monde, il ne leur dirait rien d'autre que ceci: " L'Amour seul est digne de foi. Aimez toujours plus. Au dernier jour, vous serez jugé sur l'amour! " Mais tout cela, nous le savons déjà par l'Evangile. Il nous reste donc à en tenir mieux compte dans nos vies. Que la Mère du ciel et de la terre nous y aide !
|