SAINTE THERESE DE L'ENFANT-JESUS
Docteur de l'Eglise
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- " Aujourd'hui, 19
octobre 1997, en la place Saint-Pierre remplie de fidèles
venus de toutes les régions du monde, en présence
de nombreux Cardinaux, Archevêques et Evêques, au
cours de la célébration solennelle de l'Eucharistie,
j'ai proclamé Docteur de l'Eglise universelle sainte Thérèse
de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face en prononçant
ces paroles : Répondant aux voeux d'un très grand
nombre de Frères dans l'épiscopat et d'une multitude
de fidèles du monde entier, après avoir consulté
la Congrégation pour les Causes des Saints et après
avoir obtenu l'avis de la Congrégation pour la Doctrine
de la Foi pour ce qui touche à l'éminence de la
doctrine, de science certaine et après en avoir longuement
délibéré, en vertu de la plénitude
du pouvoir apostolique, nous déclarons Docteur de l'Eglise
universelle sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus
et de la Sainte Face. Au nom du Père, et du Fils et du
Saint-Esprit ".
- En cette matinée du
19 octobre, le ton solennel employé par le Souverain Pontife
montre bien aux pèlerins de la place Saint-Pierre l'importance
particulière de l'événement : Jean-Paul
II crée un Docteur de l'Eglise, pour la première
fois dans son pontificat. C'est pour Sainte Thérèse
un honneur immense, puisque dans la multitude des saints, l'Eglise
n'a distingué que trente-trois docteurs de l'Eglise. La
petite carmélite prend ainsi place aux côtés
d'un saint Augustin ou d'un saint Thomas d'Aquin, et l'Eglise
" canonise " son message en invitant tous les fidèles
à le découvrir ou à l'approfondir.
- Mais avant de répondre
à cette invitation peut-être est-il bon de rappeler
ce qu'est un docteur de l'Eglise.
Qu'est-ce
qu'un docteur de l'Eglise ?
- Qui dit docteur, dit doctrine,
enseignement. Dans l'Eglise l'enseignement peut avoir une plus
ou moins grande valeur, en fonction de l'autorité de celui
qui enseigne, et en fonction du contenu de son enseignement.
En ce sens, l'enseignement qui a le plus de valeur est celui
du Christ bien sûr. Tant du point de vue de son autorité,
que du point de vue de la qualité de l'enseignement, Notre
Seigneur est le seul vrai docteur de l'Eglise, le " Docteur
des docteurs ", comme dit sainte Thérèse
elle-même.
Mais le christianisme est la religion de la médiation.
L'enseignement du Christ est donc relayé par les évêques,
les théologiens et les saints. Les uns et les autres ont
une connaissance supérieure du Christ :
- les évêques lui sont identifiés par la
plénitude du sacrement de l'Ordre et ont reçu directement
de lui leur autorité : " Qui vous écoute
m'écoute ".
- les théologiens ont pour vocation d'explorer le
mystère du Christ au moyen de leur intelligence.
- enfin les saints connaissent le Christ par l'intelligence et
surtout par l'amour. Leur intelligence et leur volonté
sont totalement centrées sur la personne du Christ. Cela
leur permet, selon saint Paul, de " connaître l'amour
du Christ, qui surpasse toute connaissance ". Et Saint
Jean ajoute : " celui qui aime connaît Dieu
". Portant l'amour du Christ à son degré d'incandescence,
les saints en retire donc une connaissance du mystère
de Jésus bien supérieure à celle des théologiens.
Les théologiens regardent le Christ de l'extérieur,
tandis que les saints communient au Christ de l'intérieur.
Ils ont ce qu'on appelle la science d'amour (et c'est
d'ailleurs le titre de la Lettre apostolique du pape Jean-Paul
II pour la proclamation du doctorat de sainte Thérèse
: Divini amoris scientia).
En vertu de cette communion, tous les saints peuvent devenir
docteurs. Mais ils ne le sont pas tous : il n'y en a que 33.
C'est que la plupart n'ont pas cherché d'abord à
enseigner, mais surtout à vivre : c'est l'exemple de leur
vie qui stimule les fidèles et les encourage à
progresser. Dieu cependant tient à distinguer parmi les
saints des voix qu'Il a privilégiées et qu'Il veut
faire entendre. D'où le titre de Docteur, dont la rareté
indique bien tout le prix qu'y attache l'Eglise.
Il y a bien entendu des critères, des règles d'attribution
de ce titre prestigieux. Le pape Benoît XIV les a codifiées
en 1831, et en 1959 Jean XXIII a opéré leur mise
à jour. On peut les résumer en trois points :
- il faut que le futur docteur ait brillé par une sainteté
insigne.
- il doit avoir enseigné une doctrine éminente,
universellement reconnue pour sa richesse et son opportunité.
- il suffit alors d'une déclaration solennelle du Pape
(ou d'un concile uni au Pape) pour en faire un Docteur de l'Eglise.
- Sainte Thérèse
de Lisieux a-t-elle satisfait à ces trois critères
? Le dernier a été rempli le 19 octobre, et il
venait couronner la reconnaissance des deux précédents.
On savait déjà d'ailleurs que sainte Thérèse
était " la plus grande sainte des temps modernes
", selon le mot de saint Pie X, et on peut ajouter aussi
: la plus populaire (comme en témoignent à travers
le monde plus de mille six cent lieux de culte qui lui sont dédiés).
Il restait donc à reconnaître ce qu'affirmait déjà
Pie XI : " elle a possédé une telle science
des réalités d'en-haut qu'elle peut montrer aux
âmes une voie sûre pour le salut ". Heureusement
c'est depuis longtemps la conviction du pape Jean-Paul II : "
son enseignement n'est pas seulement conforme à l'Ecriture
et à la foi catholique, mais il excelle par la profondeur
et la sagesse synthétique où elle est parvenue
". Dans sa Lettre apostolique le Souverain Pontife ajoute
aussi : " On peut à juste titre reconnaître
dans la sainte de Lisieux le charisme d'enseignement d'un Docteur
de l'Eglise, à la fois à cause du don de l'Esprit-Saint
qu'elle a reçu pour vivre et exprimer son expérience
de foi, et à cause de son intelligence particulière
du mystère du Christ. En elle se retrouvent les dons de
la loi nouvelle, c'est-à-dire la grâce de l'Esprit-Saint,
qui se manifeste dans la foi vivante agissant par la charité
". Et le Pape développe ensuite dans son discours
les grandes lignes de la spiritualité de sainte Thérèse.
Le message
thérèsien
- Remarquons tout d'abord que
sainte Thérèse n'invente rien : elle se contente
de lire et relire l'Evangile, avec son cur d'enfant, avec sa
candeur, sa spontanéité, sa fraîcheur. C'est
ce que notait déjà en 1898 le Père Godefroy
Madelaine, en préfaçant la toute première
édition de l' " Histoire d'une âme "
: " Il y a là des pages si vivantes, si suggestives,
qu'il est presque impossible de n'en être pas saisi! On
y trouve une théologie que les plus beaux livres spirituels
n'atteignent que rarement à un degré aussi élevé.
On admire dans le récit de soeur Thérèse
une candeur d'enfant, une exquise naïveté jointe
à une rare maturité de jugement, un fini de pensée
et souvent de style qui charment l'esprit et qui vont droit au
coeur. N'est ce pas merveille de voir comment une jeune fille
de vingt et quelques années se promène avec aisance
dans le vaste champ des Ecritures inspirées, pour y cueillir
d'une main sûre, les textes les plus divers et les mieux
appropriés à son sujet? Il y a telle page sur l'Evangile,
sur la Vierge Marie, sur la Charité que pourrait signer
un écrivain de race. Je défie un esprit droit et
pur de parcourir ces pages intimes sans se sentir presser de
devenir meilleur. Si par hasard ces pages viennent à tomber
entre les mains de quelque incroyant, j'aime à penser
qu'après un premier mouvement de surprise, il voudra les
lire jusqu'au bout et qu'elles seront pour lui comme la découverte
d'un monde nouveau ".
- C'est bien un monde nouveau
que Thérèse fait découvrir aux incroyants,
ou à des intellectuels comme Bernanos, Claudel ou Maurras.
Mais c'est aussi une découverte pour nombre de ses contemporains.
A son époque, beaucoup de catholiques ignoraient tout
des horizons spirituels qu'elle va leur rappeler. Elle se rend
vite compte que la spiritualité de son époque s'est
éloignée de l'Evangile en insistant trop sur la
justice de Dieu. On sait en effet que la spiritualité
de cette fin du XIXe siècle était encore très
marquée par le jansénisme, ce pessimisme sur la
relation de l'homme à Dieu et sur son salut. Sans nier
la justice de Dieu, Thérèse va la voir à
travers sa Miséricorde, que saint Thomas d'Aquin placait
déjà au coeur des perfections de Dieu.
- Dans la conférence
de clôture du Congrès thérésien de
1947, le Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus
voyait en cela une grâce particulière que Dieu aurait
faite à Thérèse : au point de départ
de sa " course de géant ", elle reçoit
une lumière contemplative sur Dieu-Miséricorde.
Dieu révèle à Thérèse qu'Il
est Amour et qu'en Lui tout est Amour. On ne peut donc pas opposer
Justice et Miséricorde, ce qu'elle exprime par ces mots:
" A moi, Dieu a donné sa Miséricorde infinie
et c'est à travers elle que je contemple et adore les
autres perfections divines ! ... Alors toutes m'apparaissent
rayonnantes d'amour, la Justice même (et peut-être
encore plus que tout autre) me semble revêtue d'amour...
Quelle douce joie de penser que le bon Dieu est juste, et qu'il
tient compte de nos faiblesses, qu'il connaît parfaitement
la fragilité de notre nature. De quoi donc aurais-je peur
? Ah ! Le Dieu infiniment juste qui dénia pardonner avec
tant de bonté toutes les fautes de l'enfant prodigue,
ne doit-il pas être juste envers moi qui suis toujours
avec lui ? "
C'est cette lumière sur les sentiments du Cur de Jésus
à notre égard qui va diriger totalement la vie
de Thérèse, surtout à partir de ce qu'elle
appelle la grâce de Noël 1886 : " En
un instant l'ouvrage que je n'avais pu faire en dix ans, Jésus
le fit, se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne
me fit défaut Je sentis en un mot la Charité entrer
dans mon cur, le besoin de m'oublier pour faire plaisir, et depuis
lors je fus heureuse ! "
- Son cur s'élargit,
et elle reçoit peu après, complément logique,
la grâce de la soif du salut des âmes. Ainsi, par
touches successives, Dieu qui est Amour transforme Thérèse
en la rendant participante de sa nature (ce qui est la vocation
de tous). Thérèse peut alors rentrer au Carmel,
avec l'ardeur passionnée de ses quinze ans. Ce parcours
inspire au Père Marie-Eugène la réflexion
suivante : " Sainte Thérèse parvient ainsi
à ce que nous pouvons appeler la grande vision du brasier
divin de l'Amour. Cette vision dans la foi vive comporte la connaissance
expérimentée des besoins d'expansion de l'Amour,
de ses déceptions devant la haine et l'indifférence
qui font plus ardents ses désirs de se donner désormais,
non plus selon une mesure juste et raisonnable, mais en ne considérant
que ses exigences et les besoins de la créature. L'Amour
parvenu à ce degré s'appelle Miséricorde
() Cette découverte provoque l'offrande à l'Amour
miséricordieux, en la fête de la sainte Trinité
(9 juin 1895), acte d'une importance capitale qui se situe à
l'apogée de la vie spirituelle de Ste Thérèse
et éclaire sa doctrine et sa mission ".
Cet acte d'offrande à l'Amour miséricordieux résume
en effet avec une densité extraordinaire le contenu fondamental
du message thérésien, qui est le rappel de la primauté absolue de l'amour. Dieu n'est qu'amour envers nous :
Il attend que nous lui rendions amour pour amour, en un échange
croissant qui chez les saints finit par aboutir à la mort
d'amour, comme le montrent les derniers instants de sainte Thérèse,
il y a cent ans. Dans sa " course de géant ",
la petite carmélite confessera elle-même ne pas
se souvenir d'avoir jamais rien refusé à Dieu.
Les sollicitations de la grâce auront trouvé ainsi
dans cette âme de feu une réponse exceptionnelle,
au point qu'au jour où on lui demande si c'est pour jouir
de Dieu qu'elle désire le Ciel, elle répond avec
flamme : " Ce n'est pas cela qui m'attire. C'est l'Amour
! Aimer, être aimée, et revenir sur la terre pour
faire aimer l'amour ! "
- Dans sa Lettre apostolique,
le Pape revient à son tour sur ce primat de l'Amour chez
sainte Thérèse : " De fait, au cur de son
message il y a le mystère même de Dieu Amour, de
Dieu Trinité, infiniment parfait en soi. Si l'expérience
chrétienne authentique doit être en accord avec
les vérités révélées, dans
lesquelles Dieu se fait connaître lui-même et fait
connaître le mystère de sa volonté, il faut
affirmer que Thérèse a fait l'expérience
de la Révélation divine, parvenant à contempler
les réalités fondamentales de notre foi réunies
dans le mystère de la vie trinitaire. Au sommet, source
et terme à la fois, il y a l'amour miséricordieux
des trois Personnes divines, comme elle le dit, spécialement
dans son Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux.
A la base, du côté du sujet, il y a l'expérience
d'être enfant adoptif du Père en Jésus ;
tel est le sens le plus authentique de l'enfance spirituelle,
c'est-à-dire l'expérience de la filiation divine
sous la motion de l'Esprit-Saint. A la base encore, et devant
nous, il y a le prochain, les autres, et nous devons coopérer
à leur salut avec et en Jésus, avec le même
amour miséricordieux que Lui ".
- Le Pape fait ici la transition
avec l'autre grande découverte de Thérèse,
à savoir le thème de l'enfance spirituelle. Il ajoute : " Par l'enfance spirituelle,
on éprouve que tout vient de Dieu, que tout retourne à
lui et demeure en lui, pour le salut de tous, dans un mystère
d'amour miséricordieux. Tel est le message doctrinal enseigné
et vécu par cette sainte ". En prônant
sa petite voie, la voie de l'enfance spirituelle, sainte Thérèse
souligne que c'est le chemin de la confiance et du total abandon,
" l'abandon du petit enfant qui s'endort sans crainte
dans les bras de son Père " : " Il suffit
de reconnaître son néant et de s'abandonner, comme
un enfant dans les bras du Bon Dieu ".A ses surs carmélites
Thérèse tient à rappeler que Dieu préfère
se montrer Père plutôt que Juge. Mais cela dépend
de notre attitude : c'est à nous de nous concevoir humblement
comme des enfants, selon la parole du Christ lui-même :
" si vous ne redevenez pas comme des petits enfants,
vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux ". En
fait il faut reconnaître notre dépendance et notre
impuissance à tout bien, en attendant tout de Dieu : "
On obtient de Dieu autant qu'on en espère "
affirme audacieusement notre Sainte, en fidèle disciple
de saint Jean de la Croix.
- Cet enfant que Thérèse
nous invite à redevenir n'est ni lâche ni paresseux.
La petite voie n'est pas celle du quiétisme et du laxisme,
puisque rien ne peut être aussi exigeant que l'Amour, qui
se prouve par les efforts et les sacrifices. La vie héroïque
de Thérèse dans le quotidien si austère
de la vie carmélitaine nous montre que sa petite voie
n'est pas celle d'une passivité présomptueuse.
C'est une enfance ardente, énergique et passionnée
qui charme Dieu, quand on y joint une disposition de confiance
et d'abandon. La sainteté de Thérèse n'est
pas une sainteté au rabais, c'est la haute sainteté,
mais Thérèse a eu le mérite de nous montrer
qu'elle est à notre portée : il faut pour cela,
comme elle, mettre un amour extraordinaire dans les tâches
de notre quotidien le plus ordinaire. C'est ainsi que la plus
haute vie spirituelle est réalisable dans tous les milieux
et dans toutes les situations, sachant qu' " être
saint, ce n'est pas ne jamais tomber, c'est se relever toujours
".
Le doctorat
de sainte Thérèse
- Peut-on conclure de l'étude
du message thérésien que notre petite carmélite
mérite le titre de Docteur de l'Eglise ? La question a
été posée pour la première fois en
1932 par le RP Desbuquois s.j., mais le dossier de Thérèse
fût écarté par Pie XI (tout comme celui de
sainte Thérèse d'Avila), sous le prétexte
qu'il s'agissait d'une femme. Paul VI leva l'objection en 1970,
en proclamant docteurs sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse
d'Avila. La voie était donc libre pour sainte Thérèse
de Lisieux : le dossier fut repris en 1989 par Mgr Gaucher, avec
pour objectif de le faire aboutir à l'occasion de l'année
de Centenaire de la mort de Thérèse.
Il y avait des objections, par exemple en raison du faible volume
d'uvres écrites, mais l'objection avait déjà
été écartée pour des docteurs comme
saint Antoine de Padoue ou saint Laurent de Brindisi. On objecta
aussi l'absence de traité construit. Le Pape Jean-Paul
II évoque lui-même cette objection dans sa Lettre
apostolique : " Dans les écrits de Thérèse
de Lisieux, sans doute ne trouvons-nous pas, comme chez d'autres
Docteurs, une présentation scientifiquement organisée
des choses de Dieu, mais nous pouvons y découvrir un témoignage
éclairé de la foi qui, en accueillant d'un amour
conciliant la condescendance miséricordieuse de Dieu et
le salut dans le Christ, révèle le mystère
et la sainteté de l'Eglise ".
Le Pape met aussi en valeur un autre aspect du message thérésien,
son écho dans l'Eglise : " Un signe de la réception
ecclésiale de l'enseignement de la sainte se trouve dans
le recours à sa doctrine dans de nombreux documents du
Magistère ordinaire de l'Eglise, surtout quand il est
question de la vocation contemplative et missionnaire, de la
confiance en Dieu juste et miséricordieux, de la joie
chrétienne, de la vocation à la sainteté.
En témoigne la présence de sa doctrine dans le
récent Catéchisme de l'Eglise catholique (n°
127, 826, 956, 1011, 2011, 2258). Celle qui a tant aimé
apprendre dans le catéchisme les vérités
de la foi a mérité d'être comptée
au nombre des témoins autorisés de la doctrine
catholique ".
- Enfin, dans un article paru
récemment , le RP Pinckaers o.p. soulève encore
une autre question relative au Doctorat : celle de son opportunité
dans les temps actuels. Il répond favorablement, montrant
que nous avons besoin, aujourd'hui, de l'enseignement de sainte
Thérèse. Certes notre époque peut nous paraître
à l'exact opposé des tendances jansénistes
de la fin du siècle dernier, mais justement : bien compris
et bien mis en pratique, le message thérésien est
une excellente antidote au climat quelque peu laxiste qui règne
souvent aujourd'hui. Car l'énergie passionnée de
sainte Thérèse est bien visible dans l'exercice
des trois vertus théologales.
En effet les peines et les souffrances ne lui ont pas été
ménagées, ce qui en fait tout sauf une religieuse
mièvre et paresseuse. Thérèse doit lutter
pour garder la Foi : " Je suis dans un tunnel où
il ne fait ni froid ni chaud () Le raisonnement des pires matérialistes
s'impose à mon esprit () Je crois parce que je veux croire
". Jusqu'au bout, dans la nuit de la foi et les pires douleurs
de la maladie, elle garde aussi l'Espérance, heureuse
d'avoir de grands désirs : " Mon Dieu, plus vous
voulez donner, plus vous faites désirer ". Mais
c'est dans l'exercice inlassable de la Charité que culmine
sa sainteté. Aucun sacrifice ne la décourage :
" Ma vocation c'est l'Amour ". Elle avait aussi
compris que l'amour de Dieu devait se prouver tous les jours
par des marques de charité fraternelle envers ses surs,
ou par des sacrifices de charité missionnaire pour l'abbé
Bellière et le Père Roulland, ses deux frères
spirituels. Sur son lit de mort, après avoir vécu
ce qu'elle avait demandé, la mort de Jésus sur
la Croix, elle peut finalement prononcer les mots qui résument
et couronnent toute sa vie : " Mon Dieu je vous aime
".
CONCLUSION
- En terminant sa conférence,
le Père Marie-Eugène s'exclamait, cinquante ans
après la mort de Thérèse : " A notre
civilisation raffinée et blasée qui a perdu le
sens de l'infini et qui en souffre, Dieu a envoyé une
enfant qui, avec les charmes et la pureté lumineuse de
sa simplicité, redit le message éternel de son
amour, à savoir qu'il nous a créés par amour,
que son amour reste vivant, qu'il est plus ardent encore à
cause de nos abandons, qu'il attend que nous l'aimions comme
des enfants, que nous nous laissions aimer comme de tous petits
enfants ". C'est ce qui fait l'opportunité
permanente, aujourd'hui et demain, du message de sainte Thérèse
de l'Enfant-Jésus. Pour le Centenaire de son entrée
dans la Vie, réjouissons-nous donc d'avoir un nouveau
Docteur de l'Eglise, et pour l'honorer méditons les paroles
du Saint-Père, prélude à la lecture de l'Histoire
d'une âme :
- " D'abord, Thérèse
est une femme qui, en abordant l'évangile,
a su déceler des richesses cachées avec un sens
du concret, une profondeur d'assimilation dans la vie et une
sagesse qui sont propres au génie féminin. Son
universalité lui confère une grande place parmi
les saintes femmes qui brillent par leur sagesse évangélique.
Thérèse est aussi une grande contemplative. Dans le secret de son
Carmel, elle a vécu la grande aventure de l'expérience
chrétienne, jusqu'à connaître la longueur,
la largeur, la hauteur, et la profondeur de l'amour du Christ.
Dieu a voulu que ses secrets ne restent pas cachés, et
il a permis à Thérèse de proclamer les secrets
du Roi. Par sa vie, Thérèse donne un témoignage
et une illustration théologique de la beauté de
la vie contemplative, comme consécration totale au Christ,
Epoux de l'Eglise, et comme affirmation du primat de Dieu sur
toute chose. Sa vie est une vie cachée qui possède
une mystérieuse fécondité pour la diffusion
de l'Evangile et qui remplit l'Eglise et le monde de la bonne
odeur du Christ.
Thérèse de Lisieux, enfin, est jeune.
Elle est arrivée à la maturité de la sainteté
en pleine jeunesse. Comme telle, elle se montre Maîtresse
de vie évangélique, particulièrement efficace
pour éclairer les chemins des jeunes à qui il revient
d'être des disciples actifs et des témoins de l'Evangile
pour les nouvelles générations ".
Abbé Alban
CRAS
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